Le sort de Jonas
Titres
>>> Titre complet : Le sort de Jonas
Titre en anglais : Jonah's Fate
Descriptif
Support : Toile sur châssis
Taille réelle : 60 x 80 cm
Référence : D-88
Copyright : EB-00046741
Pièce unique
Status : Indisponible
Un tableau, une histoire...

Il arrive un moment où l’on ne peut plus fuir. Jonas avait cru pouvoir échapper à l’appel qui lui était adressé. Il avait choisi la mer comme on choisit une issue de secours : prendre un bateau, s’éloigner, laisser derrière soi Ninive, la mission, la voix de Dieu et peut-être aussi cette part de lui-même qui savait déjà qu’il faudrait un jour répondre. Mais certaines traversées ne conduisent pas ailleurs. Elles nous ramènent à nous-mêmes. Dans Le sort de Jonas, la mer n’est plus seulement mouvement : elle devient étau. Une immense courbe sombre envahit la toile, semblable à une vague qui se soulève, à la coque démesurée d’un navire ou déjà à la gueule de cette créature marine qui attend Jonas au terme de sa fuite. Les violets profonds, presque noirs, contrastent violemment avec le bleu lumineux du ciel. Sur cette masse obscure courent pourtant des éclats de vert intense, comme si la vie persistait jusque dans les profondeurs qui s’apprêtent à l’engloutir. Au centre, les rouges et les orangés s’affolent. Des lignes jaillissent dans toutes les directions, telles des mâts brisés, des cordages emportés par la tempête ou les fragments d’un monde dont l’ordre vient brutalement de disparaître. Quelque chose chavire. Et Jonas avec lui. Car son véritable naufrage n’est peut-être pas celui du bateau. C’est celui de ses certitudes. Le récit biblique devient alors profondément humain : qui n’a jamais tenté d’éviter ce qu’il savait pourtant devoir affronter ? Une décision. Une responsabilité. Une vérité. Un changement auquel tout en nous résistait. Nous avons tous nos Ninive. Et nous avons tous, parfois, embarqué pour Tarsis. Mais la fuite possède une étrange géographie : plus nous cherchons à nous éloigner de certaines vérités, plus elles semblent voyager avec nous. La grande forme sombre de la toile prend alors une autre dimension. Elle n’est plus seulement menaçante. Elle pourrait être le ventre du destin. Jonas croit être englouti alors qu’il est peut-être, paradoxalement, recueilli. Car le monstre qui devait représenter sa fin devient son refuge. Les profondeurs qui semblaient devoir le détruire lui offrent le temps du silence, de l’introspection et finalement de la transformation. La tempête n’est pas toujours ce qui nous perd. Le naufrage n’est pas toujours une fin. Et ce qui ressemble, sur l’instant, à la plus terrible des catastrophes peut devenir cet endroit obscur où quelque chose en nous accepte enfin de changer. Jonas devra descendre au plus profond avant de pouvoir remonter. Il devra connaître l’obscurité pour retrouver la lumière. Il devra cesser de fuir avant de pouvoir reprendre sa route. Peut-être est-ce cela, finalement, son véritable « sort » : non pas être puni pour avoir désobéi, mais être contraint de rencontrer ce qu’aucune distance ne pouvait lui permettre d’éviter. Lui-même.
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